La vogue celtique
Un regain d'intérêt pour le monde celtique
Par "celtomanie" nous entendons ici l'engouement qui entoure depuis quelques années tout ce qui porte plus ou moins le cachet "Celte®". Que ce soit dû à une simple mode ou que la longue passion de certaines personnes soit enfin récompensée, le monde celte est beaucoup plus présent parmi nous qu'il ne l'était dans les années 90.
Dès le début des années 1970, la France a connu "le renouveau de la musique bretonne" incarné par Alan Stivell et Gilles Servat. La mode a passé hors de Bretagne, mais pendant ce temps, les musiciens bretons se mutipliaient. Ils sont revenus en force à la fin des années 90, parfois pour disparaître aussi vite ou retourner à la discrétion. On pense à Manau, Matmatah...
Même si le grand public a de nouveau rangé le phénomène dans les placards de la mode, les musiques bretonnes sont restées populaires, avec toutes les musiques celtiques d'Irlande ou d'ailleurs. Les chants envoûtants d'Enya garnissent les bandes originales de films de toutes sortes. Lord of the Dance a attiré les foules émerveillées devant des danses qu'elles croyaient traditionnelles.
La pression exercée par le monde moderne, la précarité de l'emploi, la pollution, le marketing, la culture préemballée... ont éveillé le besoin de se réfugier dans un monde qui nous semble meilleur : le bon vieux temps. La multiplication des manifestations culturelles et traditionnelles issues de l'immigration croissante nous a poussé, souvent pour un bien, à remonter aux sources de notre propre culture et de notre propre identité. La cornemuse, la bombarde et la harpe ont remplacé le p'tit accordéon musette de Grand-Papa. Ceux qui trouvent ringarde Yvette Horner vont pourtant danser au Fest Noz.
Le développement des jeux de rôles, films et romans fantastiques a contribué à répandre des éléments de l'univers celtique. Les auteurs de "Donjons & Dragons" ou producteurs de films hollywoodiens ont trouvé matière à faire rêver dans la culture celte: les druides, les guerriers sauvages... Même Arthur et Merlin passent pour des Celtes. JRR Tolkien lui-même, pour construire son cycle mythologique original du Seigneur des Anneaux, a emprunté beaucoup plus aux mythes et légendes d'origine celtique qu'à ceux de Rome ou des Grecs. Le public ne s'y est pas trompé : on a voulu le faire rêver et il a rêvé. Et il rêve encore, car les celtes, étant historiques et pas seulement mythologiques, lui semblent plus accessibles. On ne croit plus aux mythes, mais on croit encore aux celtes.
Dans le domaine des arts graphiques, le style celtique connaît également une certaine popularité. Plutôt que de rechercher un art "nouveau" comme on l'avait fait au début du XXème siècle, le public recherche un art ancestral. Le style celtique occupe ainsi une bonne place au milieu des créations aborigènes, tribales africaines, natives nord- ou sud-américaines. Les entrelacs, inspirés d'une bible irlandaise du IXème siècle, fascinent par leur complexité qui en fait de véritables labyrinthes graphiques. En plus quelque chose nous dit que cela appartient à notre passé.
Relativisons: l'exploitation du graphisme celtique est avant tout commerciale. Les créateurs modernes continuent à aller de l'avant (du moins c'est ce dont ils essaient de se persuader)
Pourtant, les celtes que nous croisons presque chaque jour sont bien plus mythologiques que nous voulons l'admettre. L'évolution de la recherche balaie de plus en plus le mystère qui entoure ce peuple, mais les celtisants ont toujours leur propre version de l'Histoire. Il y a de moins en moins de magie dans les druides, mais le public veut de la magie! La science a beau nous répéter depuis des années que les menhirs et dolmens n'ont pas été dressés par les Celtes, nous continuons à associer les mégalithes à nos ancêtres les Gaulois. A l'opposé des rêveurs celtiques, certains historiens prétendent même que les Celtes sont une invention du XIXème siècle.
La musique qualifiée de "celtique" a-t-elle réellement quelque chose à voir avec nos ancêtres? La musique d'Enya est-elle encore celtique? Ces musiques n'ont-elles pas l'avantage de parer du déguisement de la tradition nos désirs d'exotisme?
Quant à l'art celtique, il est effectivement superbe, mais ce n'est pas le plus authentique qui est le plus populaire. Vraisemblablement, les entrelacs du Livre de Kells auraient été directement inspirés des ornements des Vikings. On trouve également au musée de Châtillon-sur-Seine (où est conservé le cratère du sanctuaire celtique de Vix) des boucles de ceinture burgondes du VIIème siècle présentant le même genre de motifs.
